15 novembre 2015 at 22:13 (Uncategorized)

Vendredi, je rentrais d’une soirée sympa, mon petit resto habituel, avec les habitués. Et d’une visite chez une créatrice, qui faisait une petite expo chez elle. J’y avais acheté un joli dessin sur plexiglas. Prémonitoire, on dirait.

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Vendredi j’avais repris le tout dernier bus, et malgré ma fatigue pas envie d’aller au lit, vers 23 heures je me suis dit que j’allais allumer la télé…

J’ai très peu dormi, m’abreuvant d’images, d’infos plus alarmantes les unes que les autres. Estomaquée, dans l’incompréhension la plus totale. POURQUOI, pourquoi cela ? Des innocents, des gens en terrasse, des gens au resto tout comme moi quelques heures plus tôt ! des gens à un concert moi qui aime tant m’y rendre ça m’a d’autant plus touché, des gens de tous âges, tous pays, blessés ou tués. Des témoins ébahis, choqués, traumatisés à vie.. Des fanatiques imbéciles distillant leur haine, la douleur et la mort.

Je regarde, oui je vois et je comprends, je suis horrifiée. Je pleure. Mais c’est tellement surréaliste que c’est comme si je n’arrivais pas -malgré les images-, à réaliser…  Je suis seule à la maison, personne avec qui en parler, en discuter vraiment et autrement que sur Facebook. Mes enfants dorment déjà certainement. J’ai besoin d’en parler mais je n’y arrive pas, donc je ne contacte personne. Je suis dans une sidération totale, et terrifiante.

En milieu de nuit je me décide à aller essayer de dormir. Sans arriver à me sortir de cet état. Il faut que je dorme, je me mords les lèvres chaque fois que les larmes montent, je prie pour tous ces morts, ces blessés, leurs proches, et tous les témoins de ces scènes horribles.

Samedi matin j’avais rdv chez le dentiste. Retour à Esneux, aléas des horaires de bus j’arrive 1 heure à l’avance, je retourne donc dans ma taverne-resto préférée. Les clients arrivent, quelques uns ne sont pas au courant de ce qu’il s’est passé vendredi. La télé est aussitôt allumée, c’est la première fois que j’entends parler de tout cela « en vrai », autour de moi. Les gens commentent, j’écoute. Et enfin, j’en parle moi aussi. Mais les mots me semblent si futiles.. La maman de ma belle fille arrive, elle vient de la boulangerie, me tend la moitié de sa brioche, on boit un café. J’ai l’impression de voir tout de si loin, d’être dans un monde parallèle. Le dentiste avait entretemps annulé mon rdv et c’est tant mieux j’ai besoin de rester parmi les gens, d’écouter. D’enfin réaliser. Chose imprévue, on décide d’aller faire du shopping dans un magasin où il y a déjà plein de décos de Noël. J’achète. Des futilités, des décos, de quoi faire des bricolages. J’ai, on a, besoin de penser aux fêtes, aux cadeaux à faire.

Je sais que mon Thomas dort encore, je me dis que mon Jimmy n’est sûrement pas encore levé lui non plus et comme je n’ai pas envie de risquer de l’éveiller, j’attends de ses nouvelles je sais que dès qu’il sera au courant il me contactera. De fait, je reçois un sms « Coucou louloute il s’est passé quoi hier à Paris? » Il n’a pas la télé. Je l’appelle, il glanait justement des infos sur le net. On parle, un peu, je raccroche, j’aurais dû lui dire à quel point je l’aime. A ce moment précis j’ai besoin d’être près de mes enfants, tellement besoin qu’ils sachent combien je les aime !

Reste de la journée hors du temps là aussi, je vais en début d’après midi en ville. Je ne peux pas rester chez moi. J’ai besoin de la foule. Je vais ensuite chez le géant suédois, là aussi c’est plein de monde, traînant dans les allées. Parenthèse étrange, c’est comme si rien ne s’était passé, je n’entends personne en parler. C’est comme si j’avais tout rêvé cauchemardé.

Je rentre chez moi, j’aurais bien été au cinéma, toujours besoin de la foule. Mais j’ai fait trop d’achats, et en plus un détour chez le marchand de tissus. Puis la machine à coudre que je me suis payée semble peser près d’une tonne, au moins. Alors je rentre, et je prends un long long bain, un cd de hard rock en (très haut) fond sonore. Ne pas penser. A Paris, aux victimes, à la suite parce qu’on le sait hein, que ce n’est pas fini..

Soirée Facebook, et télé en même temps, parce que j’aime la série Profilage alors je regarde, mais distraitement malgré le volume sonore bien trop élévé. Il me faut du bruit..

Je lis des statuts qui font frissonner. Des avis relayés de gens qui recherchent leurs proches dont ils sont sans nouvelles. Je regarde des vidéos, dont une de la sortie d’une partie du public par l’arrière du Bataclan. Des blessés dans leur flaque de sang, une femme pendue au rebord d’une fenêtre, des héros qui malgré leur peur et leur désir de fuir traînent des blessés jusqu’au bout de la rue, où qui ouvrent leur porte pour en recueillir d’autres. Encore une fois, je sais ce que je regarde, oui je vois, je comprends et je suis horrifiée et en larmes. Mais c’est comme si je n’arrivais toujours pas à réaliser…

Je vais dormir, il faut que je dorme.

Ce matin j’allume encore la télé, j’ouvre fb. Purée c’est toujours là, ce n’était vraiment pas un mauvais rêve. Pourquoi je me sens aussi bizarre? Comme hors du temps. Je regarde les sacs d’hier, non rangés, j’ai bien fait ces achats, ça aussi c’est réel, j’ai bougé toute la journée, pourquoi c’est comme si je l’avais ça aussi rêvé ? Je prends à nouveau un long long bain. Cette après midi j’irai voir une copine créatrice qui expose en ville, dans une foire d’artisans. Je passe par le marché de la batte. Surréaliste, aucune discussion de celles que je capte ne parle de Paris. Dans le public pour les artisans non plus. Peut-être que tout le monde est comme moi, toujours dans la sidération ou l’irréalisme ? Au retour, toujours pas envie de rentrer, je m’en vais manger une (deux!) méga crèpes-glace-chantilly. Parce que c’est bon pour le moral, si.

J’ai acheté à la copine une super jolie bouillotte pour mon mini-loulou. Je sais que mon fils me dira que c’était un achat inutile, qu’il en avait une déjà, aux noyaux de cerises. Puis qu’il n’a plus de coliques, de toute façon. Que c’est trop cher, oui mais celle-là est super jolie, puis artisanale. Et m’en fous, si ils ne la veulent pas je la garderai chez moi. Pour que le petit mec rentre dans un lit tout chaud quand il viendra dormir chez moi en hiver. Rien que cette pensée me fait sourire.

Parce que ouééé, l’amour et la tendresse vont gagner. C’est obligé 🙂

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