Ils ont tout emporté

29 mai 2012 at 09:55 (Uncategorized)

Hier fut une journée bien difficile. Une lettre du notaire la semaine dernière, ma mère toute paniquée m’appelle, il faut vider l’appartement de ma grand-mère adorée dans les plus brefs délais ! L’acheteur a demandé les clefs bien avant de passer les actes pour y faire des travaux. 2 ans 1/2 que tout était bloqué pour raison de guerre entre les 2 héritières, et tout d’un coup ça urge, il faut tout vider ! Ma mère, alternativement en larmes ou pas mal alcoolisée est bien évidemment incapable de gérer ou s’occuper de quoi que ce soit. Mon frère étant au boulot vendredi, c’est donc moi qui ai dû trouver à distance et fissa un moyen de régler tout ça. J’avais d’abord pensé à louer un monte-charge pour tout enlever via le balcon, puis contacter la croix rouge ou le Cpas pour qu’ils récupèrent les meubles en bas, puisque ni ma mère ni sa soeur ne voulaient reprendre quoi que ce soit. Malheureusement aucune des 2 oeuvres n’a accepté de prendre les meubles, ils sont débordés de demandes et n’ont plus aucun lieux pour les stocker ! Bon, autre solution, chercher qq’un qui vide les maisons, un broc ou autre, vive internet quand on se trouve à 100 km et que l’on a aucun annuaire de cette région. Premier appel, je trouve une dame qui propose de venir tout chercher (il n’y a plus que des meubles vides, la soeur de ma mère était venue en douce tout prendre, bibelots, cadres, photos, vaisselle etc!). Elle revendra tout en brocante, et l’argent part à un association au Burkina. Bon c’est une meilleure solution que de tout jeter au parc à container comme ma mère le proposait ! La dame veut bien venir tout enlever, avec l’aide des hommes de sa famille. L’appart est au 3ème étage, et le règlement de la résidence interdit que l’on se serve de l’ascenseur pour les déménagements. Je propose de louer un monte-charge mais elle trouve ça inutile, ils feront tout ça via la cage d’escaliers !

De plus, pour avoir la main d’oeuvre de sa famille, elle préférait tout faire hier puisque c’était un jour férié. Mon frangin absent tout le week-end, ma mère incapable, ma tante qui ne veut rien savoir et donc ne s’occuper de rien, me voilà la seule personne apte à gérer l’affaire……

Je suis donc partie tôt le matin en train. Avec une sale boule dans la gorge et les tripes bien nouées. Sms de mon Jimmy « courage, je pense à toi »…… Vider l’appartement. Tourner la page, même si ça fait déjà 2 ans et demi qu’elle l’est, en réalité. Mais bon, il restait l’appartement. Même si il n’avait rien à voir avec la grande maison, c’était le dernier lien, les dernières « vieilles pierres » auquelles me raccrocher. Et même ça, ils allaient me le prendre.

La dame a vu de suite mon malaise. Et heureusement elle l’a respecté. Nous étions seules en arrivant et en attendant que le camion arrive, et elle m’a bien aidée. Heureusement que je n’avais pas pris un brocanteur ou un antiquaire sans coeur…..

Et donc ils ont tout emporté. Tout démonté pour que ça passe dans la cage d’escalier. J’ai aidé, porté les pans de garde robe, la table de chevet….. chaque fois que je déposais quelque chose dans le camion j’avais le coeur qui se déchirait.

La grande table et le bureau sont passés, sanglés, par le balcon. Pour ne pas devoir scier les pieds car ils ne passaient pas la dernière porte au bas de l’escalier. Et en quelques heures, tout était vidé.

La dame m’a dit qu’elle allait garder pour elle le magnifique buffet, le grand miroir et ses boiseries, le bureau et la garde robe. Qu’elle allait les patiner, qu’ils auraient une nouvelle vie. Le reste sera revendu en brocante, pour l’Afrique. Et quelque part j’ai été heureuse que ces meubles que je connais depuis ma naissance fassent plaisir à quelqu’un, ça aurait été tellement triste de tout jeter !

En bas de l’immeuble, ils m’ont remercié de leur avoir tout donné, sans même savoir à quel point cette transaction « j’enlève tout gratos et vous me payez en meubles » me soulageait, au lieu de louer un lift et tout jeter.

En bas ils m’ont serré la main, dit au revoir, puis la dame m’a dit « on va vous laisser seule aller fermer la porte et faire vos adieux au lieu de vie de votre grand-mère, courage… ». Et j’ai admiré sa pudeur quand elle s’est éloignée, les yeux un peu mouillés.

Je me suis assise dans le salon, et j’ai longuement pleuré. J’ai parlé à ma Mémé, et je me suis enfin calmée. Je me suis éloignée sans me retourner, pour ne pas voir qu’elle n’était pas à la fenêtre comme avant, pour me faire des grands signes. Je suis allée presque au pas de course vers le petit cimetière. En râlant que le seul fleuriste du coin ne soit pas ouvert. Et en revenant à la gare -juste en face de son appartement-, j’ai quand même eu le courage de lever les yeux, et de lui dire réellement adieu.

2 heures 30 de train, et en arrivant chez moi un sms d’une copine, « viens me rejoindre dans notre bistro préféré, ça te changera les idées » Un plat de pâtes, confidences et puis finalement des rires. La vie continue.

Mais une page est définitivement tournée, et cette fois je n’ai vraiment plus aucun lieu où me raccrocher.