5 septembre 2011 at 22:32 (Uncategorized)

La tête au bord de l’implosion. Tant à dire, pourtant. Mais pas où commencer ? Des futilités, peut-être. Tiens, Freddie Mercury aurait eu 65 ans aujourd’hui, drôle de l’imaginer maintenant quand on est resté calée dans sa période Queen. Ahhh Queen, mon tout premier concert, Forest National, dans les gradins, à droite de la scène je m’y revois encore 🙂 Marquée à vie, tombée dedans pour toujours, j’avais 15 ans à peine.

Comment m’est venue l’idée de parler de ça? Alors que tant d’autres se bousculent ! Peut-etre parce qu’en voyant sur le net l’hommage au chanteur disparu, ça m’a rappelé ce concert, cette période de mon enfance, celle dont j’ai déjà parlé ici (*). Peut-être en attendant que toutes les idées qui se bousculent aient fini de me foutre le bordel dans le ciboulot. Pouvoir enfin venir causer, de tout ce bordel justement.

Commencer par le début? Pfff ça durera des plombes. Ecrire comme je parlerais, comme d’habitude, ça devrait le faire.

Et donc hier matin, coup de tél.inconnu. « Vous êtes bien la fille d’E.? » Coup de poing à l’estomac. « Oui, c’est bien mon papa » En vacances, mon papa. Je pense tout de suite au pire. Explication, c’est son voisin qui m’appelle, parce qu’il a eu mon numéro de tél, « en cas de problèmes ». Et le problème est que c’est ce monsieur qui doit passer matin et soir voir si la maman de ma belle-mère va bien, pendant qu’ils sont partis en vacances. Et le pauvre homme est cloué au lit, malade comme un chien. C’est le seul voisin qu’elle ait, il n’a donc pas su lui rendre visite depuis samedi matin, et elle doit se demander ce qu’il se passe. D’autant plus que comme par hasard, elle avait détraqué son téléphone et qu’elle n’a plus aucun moyen de communication, et il est super inquiet « pensez donc ma petite dame, elle a 92 ans, si jamais elle avait fait une chute, ou avait eu un malaise avec les 35° qu’on a eu hier! » Mouais ça c’était hier, là il pleut des cordes depuis l’orage de cette nuit, c’est à plus de 20 km de chez moi, et je vous le rappelle je roule en scooter. Saleté de Murphy.

Je promets que dès l’averse terminée je me mettrai en route. Dont acte, à 11h du matin je démarrais. Routes mouillées, mais plus de pluie. J’arrive là le coeur battant, et si jamais…….

Pas du tout ! Elle a entendu le scooter, elle a déjà ouvert sa porte en grand et m’accueille avec le sourire, se demandant bien ce que je viens faire ! Et se confond en excuse quand elle comprend que le voisin m’a appelé. Et moi je suis ravie. Ravie de la revoir, ravie surtout de voir qu’elle va bien, on papote, j’essaye de retaper le gsm mais il est décidément naze. Je lui propose d’aller faire quelques courses, mais elle décline, ma belle-mère a pourvu au ravitaillement jusqu’à leur retour dimanche. Elle m’embrasse, me serre dans ses bras, s’inquiète même de la santé de son voisin ! Et je repars rassurée, et au final drôlement contente d’être venue. Je fais un détour par le centre commercial, commerces exceptionnellement ouverts ce dimanche, je fais quelques achats déco, je flâne, j’ai le temps. Quelques courses au supermarché aussi, il ouvre tous les dimanches quelle facilité ! J’appelle mon papa, ma belle-mère est rassurée et moi je suis ravie que tout se soit bien passé.

Et je rentre en prenant bien mon temps, le coeur léger.

A peine arrivée, ma mère téléphone, elle vient aux nouvelles de ma soirée de samedi « tu t’en réjouissais tant, ça s’est bien passé au moins? » Elle a trop bu, et je sens l’ironie dans la question. Je raconte que oui, je raconte aussi mon équipée de la journée.

Et là, le ciel me tombe sur la tête. Didiou ça faisait longtemps que je n’avais reçu en pleine face autant de cruauté, de reproches infondés dûs uniquement à la jalousie, et de méchanceté gratuite. Avant, il y a longtemps, j’avais l’habitude, et j’encaissais sans que ça me blesse. Elle a toujours eu la boisson méchante. Elle a toujours été rongée par la jalousie, à en devoir lui cacher quand on se voyait, mon frère et moi, ou quand j’allais chez ma grand-mère. Mais là, je n’ai rien vu venir, et ça m’a bien cassé. « et donc tu vas aussi loin pour t’occuper de la vieille, alors que moi si j’avais besoin de toi je pourrais crever » J’en passe et des meilleures. Je me dis qu’elle ne supporte pas le fait que ça soit pour la maman de ma belle-mère, que c’est parce qu’elle a bu qu’elle est aussi mauvaise. J’abrège le massacre, je la rappellerai quand elle sera calmée. Vu l’état  alcoolisé, pas avant demain.

J’encaisse mal. J’ai grandi avec cette méchanceté, cet alcoolisme, toute cette violence. J’en avais déjà parlé ici. Je m’en étais échappé durant des années. Fallait que je me sauve de cette mère toxique, qui a anéanti toute notre famille. Un rapprochement au décès de ma grand mère adorée, quelques appels, au final sans jamais pouvoir pardonner ni oublier, j’avais doucement renoué. Depuis quelques temps, on se parlait plus souvent au tél. j’en arrivais à parler de ma vie, des banalités. Une ébauche de relation mère-fille, mais pauvre idiote que je suis qu’est-ce que je croyais? Un jour, un coup de blues et j’avais osé en parler, elle m’avait ri au nez. Ne jamais plus rien raconter, au fond ma vie ne la regarde pas puisqu’elle ne l’a jamais interessé, et on s’en tenait aux banalités. Et parfois, naïvement j’osais rêver qu’enfin j’avais une mère, les rares fois où elle semblait me porter un peu d’interêt. Une mère, après 48 ans, il était temps…. 

Je m’écroule, et je ne comprends pas pourquoi tant de méchanceté.Ni pourquoi ça me touche autant. Parler à mon frère, je ne peux pas rester seule avec ça. il n’y a que lui qui puisse comprendre la cruauté dont elle est capable. et il comprend, il me soutient à fond, il me rassure, il est blindé lui, on l’a toujours été ! et s’étonne que là tout d’un coup je ne le sois plus. On parle longtemps. Mais p’tain pourquoi j’ai aussi mal? « laisse-la mijoter, ne la rappelle surtout pas ! Les mots qu’elle t’a dit, les grossièretés qu’elle t’a jeté à la figure, mais qu’est-ce qui lui a pris ! » Il fulmine. Et je me retrouve seule, blessée comme auparavant. C’est fou comme le goût des blessures d’enfance n’est jamais loin, et vous étouffe d’un coup alors qu’on croyait l’avoir enterré. P’tain de boule dans la gorge. Il faut que je me change les idées. Je trouve un prétexte idiot pour appeler mon gamin. On parle cuisine, mais il sent de suite que quelque chose ne va pas. Je lui explique. Il me dit « mais tu croyais vraiment qu’elle avait changé? » Vlan, maintenant je me sens conne, en plus d’être blessée. T’as raison loulou, j’ai été bien idiote d’oser croire qu’un jour j’aurais une mère, je vais laisser tomber.

Couper les ponts, me protéger.  Mais elle rappelle 2 heures plus tard. Et bien, j’allais mal? Je savais bien peu tout ce qui allait me tomber dessus ! durant un long long moment, elle ne m’a fait que des reproches, jalouse de mes sorties avec mes amies, et d’une en particulier, grossièreté innomable, méchanceté telle que j’en étais abasourdie, clouée sur place.Histoires d’il y a 30 ans, elle déverse son fiel sur tout et sur tout le monde, même mes enfants. Et j’ai explosé. J’ai tout laché. tout ce que je gardais en moi depuis des années. L’alcool. La cruauté. L’enfance, que dis-je toute la vie qu’elle nous a gaché, à mon frère et moi. Mon pauvre père, poussé à bout, jusqu’à son départ. « Elle a fait notre malheur, disait ma grand-mère ». Jamais je n’avais ainsi tout raconté. Toute notre vie elle nous a maintenu dans la culpabilité, et là terminé ! J’ai dit toute ma rancoeur, toute ma tristesse surtout, bien décidée à ne pas me laisser toucher par ses insultes en guise de réponse. C’est elle qui a raccoché, incapable de donner une seule réponse à mes « pourquoi ». Ni aucune justification à mes reproches, eux bien fondés. 

Mon frère m’a rappelé le soir, pour voir comment j’allais. Je lui ai raconté ce qu’il venait de se passer. Il m’a dit t’inquiète pas, il m’a dit courage, il m’a dit t’a bien fait.

J’en avais toujours rêvé, de lui faire un jour comprendre tout le mal qu’elle nous a fait. J’ai toujours cru que ça résoudrait tout, qu’enfin les blessures pourraient arrêter de saigner.

Alors pourquoi j’ai aussi mal, même si je suis soulagée? Parce que l’espace de quelques mois, j’ai eu la connerie de croire, d’espérer…….

Une mère, non mais qu’est-ce que je croyais?

(*) https://pourquoidabord.wordpress.com/2009/12/01/a-la-recherche-du-temps-perdu/    (insérer les liens ne marche pas,grr)