23 octobre 2010 at 20:20 (Uncategorized)

Et donc je disais pendant la semaine que je ne me rendrais plus en Ardenne. Bien sûr je faisais allusion en écrivant cela à cette histoire terminée et à mes nombreux voyages dans ce coin là. Mais quelle dure phrase de dire que je n’ai plus de raison de retourner là-bas ! Car c’est aussi là que repose ma grand-mère adorée. Mais je ne pensais pas avoir un jour le courage d’aller voir juste la terre froide qui la recouvre, donc voilà… A quoi bon, pour moi elle n’était pas là, ce n’est pas de là-dessous qu’elle veille sur nous, mais de là-haut. Puis je lui parle tellement souvent, elle m’accompagne tellement tout le temps, que franchement je pensais en toute bonne foi qu’aller là-bas était inutile, et surtout je me rassurais en me disant qu’elle le comprenait. De toute façon m’y rendre était au-dessus de mes forces. Mais mon frangin ne l’entendait pas ainsi, et quand il m’a dit qu’il passait me chercher cette après-midi, c’était sans discussion, il avait besoin de moi pour tout remettre en état, recouvrir la terre de graviers, mettre des fleurs, puis aussi soutenir ma mère qui nous accompagnerait, parce qu’il ne se sentait pas capable de faire tout ça seul. Il devait redouter ce moment autant que moi, c’est sûr.

Et donc ils sont venus me chercher et l’on s’est mis en route, moi et mes pieds de plombs.

Quel choc en arrivant !  Pauvre Mémé comment on a pu traîner ainsi, nous et notre chagrin ou notre peur de venir, avant de réagir enfin? Quelle honte, quelle infinie tristesse surtout de l’avoir laissée dans cet endroit sordide..

Alors on a boulotté, on a remis les plaques de béton en place, on a tout recouvert des cailloux que l’on avait apporté, il en manquait, on est partis en acheter au magasin de bricolage du coin, on a continué, on a tout garni, sous une pluie battante et le regard de ma mère, tremblante.

Et au retour, on était presque heureux, trempés, aussi, mais tellement soulagés. Et au moins la prochaine fois, cette horrible crainte de se retrouver là n’existera plus. Pauvre Mémé, j’espère que de là-haut, cette fois elle est fière de nous, autant que l’on était soulagés avant de quitter, en regardant l’endroit où on la laissait reposer.

J’espère aussi qu’elle n’est pas trop triste de voir la guerre que sa fille aînée fait à ma mère, depuis qu’elle sait qu’elle n’était pas citée dans le testament. Un an maintenant qu’elle refuse de signer quoi que ce soit (la loi lui octroyant d’office malgré tout 33%), et que tout est bloqué. Depuis peu tout ça est du ressort des tribunaux, et à mon avis c’est loin d’être réglé. Un an que l’appartement est fermé, la clef chez le notaire, que tout est là, intact. Mais sans elle. Pauvre petite Mémé, comme elle doit être triste de voir ses filles se déchirer.

Quelle étrange après-midi. Entre le stress lors de l’aller, et le soulagement au retour. Quelle étrange impression, entre soulagement d’avoir enfin su m’y rendre (même un peu contrainte et forcée) et tristesse de ne pas y avoir été plus tôt. Mais seule, je n’en aurais jamais eu la force de toute manière. Quelle étrange sentiment, de voir que tous les 3 on était avant, pendant et après, dans le même état d’esprit. J’espère juste que de là-haut elle ne nous en veut pas de l’avoir abandonnée là-bas comme ça. Mais pourquoi elle nous en voudrait, elle qui nous comprenait toujours tellement…

Cétait Elle

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