Exutoire

25 avril 2008 at 08:49 (Uncategorized)

Parfois j’envie sa vie. Leur vie. Lui, pensionné après 40 ans de bons et loyaux services à la protection civile. Principalement pompier et ambulancier, parce que des autres catastrophes y’en avait pas tant, et heureusement. Mais aussi co-pilote de l’hélico pour les sauvetages hors-normes. Ou initiateur du groupe spéléo-secours, et rappelable à tout instant. Hobbys, ben la spéléo of course, et l’alpinisme. Bref, il était mon héros j’vous l’avais déjà dit. Une vie bien occupée. On va dire chargée. 2 enfants, le gamin qu’il emmenait partout avec lui, même pour leurs fameux week-ends sous terre, retour à lâge des cavernes. Evasions futiles.

Et donc il était mon héros. Je l’admirais autant que je l’aimais. Je vous parle de mon père,j’suis sûre que  vous aviez compris. Je vivais près de lui, souvent j’étais à la caserne, à chaque fois qu’il y travaillait. Jouant aux échecs, aux cartes ou même au ping pong avec les hommes, faisant des cabanes dans les hangars, aidant les mécanos le nez plein le cambouis, frottant les camions de pompiers déjà si rutilants, aidant à nettoyer les ambulances au retour des interventions, y passant des soirs, des journées entières de congé puisque la maison était tout à côté. Parce que chaque peloton d’hommes y restait d’office 24 heures. Mais il lâche tout à coup prise après 12 ans de mariage, marre de sa femme   -qui buvait de plus en plus- . Déracinée. Loin de la caserne, très loin. Une épicerie tu parles d’un changement de vie. Soutenir, ou plutôt non, aider, remplacer la mère si souvent démissionaire. M’occuper du petit frère adoré. Manquer l’école pour ouvrir la boutique, faire bouillir la marmite. Détester les clients, surtout ceux qui ne venaient que pour voir ses mini-jupes et son sourire aguichant.
Et survivre au père, plus que jamais absent. Il tentait d’être heureux, c’est ce qu’on essayait de me dire. Mais à 13 ans on ne comprend pas tout de ces choses là. Moi il me manquait, et je lui en voulais. Remarié à une femme de 5 ans mon ainée et qui nous détestait. Au moment de tes 20 ans tu auras une petite soeur. Tu parles d’un bonheur. Un père qui s’éloigne juste un peu plus, c’est tout ce que j’ai vu. 45 ans, papa gâteau mais pour une autre. Jalouse moi? Non juste triste. Puis j’ai ma vie maintenant, depuis que j’ai fui la maison dès que j’ai eu un boulot, dès mes 17 ans… J’suis forte maintenant. Qu’est-ce que tu crois j’ai 20 ans…..
Le second mariage foire aussi, le pauvre n’a pas de bol. Perds tout, se retrouve seul dans une maisonnette….non loin de sa caserne. A la petite cuillère on le ramasse. Je viens habiter près de chez lui, j’l’ai toujours aimé est-ce que je vous l’avais dit.
Puis je fais un bébé, la vie s’écoule, il rencontre une nouvelle personne. 3ème mariage, cette fois sera la bonne.
Ma vie se poursuit, il n’a plus besoin de moi, j’achète une maison. J’ai un autre bébé. Il se marie, il est heureux, très heureux.
Et depuis il me téléphone. Parfois. Moi je le fais, souvent. Juste pour l’entendre me demander si ça va, comment vont les enfants. Et toujours je dis oui, tout va. C’est ce qu’il veut entendre, le reste il n’en a cure.
Je disais que j’enviais leur vie. Leur bonheur. Leur bulle, leurs habitudes, leurs balades leur resto du samedi, leur chien même, l’enfant gâté à son papa. Je ne sais pas si c’est l’envier. C’est juste que j’aimerais y être un tout petit peu intégrée. Un peu plus que 2 fois par an pour un anniversaire à fêter. Purée mon père ce que je peux l’adorer.

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