Cette femme est un héros

4 avril 2008 at 08:41 (Uncategorized)

J’ai envie de vous parler d’elle. Une fois de plus, je sais. La faute à cette nostalgie, cette p’tin de nostalgie qui m’envahit, presque autant que ce vide qui depuis quelques temps m’isole du monde réel. Alors que dire de nouveau, à part que je l’aime tendrement mais ça vous le savez. Qu’elle a remplacé ma mère. Qu’elle m’a tout donné. Qu’elle a toujours tout donné à tout le monde. Et que je l’aime, purée je l’aime.
Je pourrais vous raconter qu’elle a été un héros pendant la guerre. Non pas une héroïne, un mec, un vrai mec. Ouais je m’en vais vous raconter ça.
Comme je l’ai déjà sûrement expliqué ici, elle était tailleuse. Avait un atelier de couture, et des ouvrières bien sûr. Un joyeux poulailler, c’est l’image que je m’en suis fait au vu des nombreuses anecdotes qu’elle m’a raconté 🙂 Un atelier donc, et aussi une boutique de vêtements. Et sa cousine, qui était aussi sa voisine, était modiste. Donc y’avait aussi des chapeaux, dans la boutique. Ouais, on dirait un film. Puis son époux était coiffeur, et l’autre partie de la maison était un immense salon de coiffure pour homme et dames. De plus, pendant la guerre, et jusqu’aux années soixante, la maison faisait aussi office de pension de famille et accueillait principalement des hommes qui étaient en formation de métier dans un centre tout proche. Un beau jeune homme principalement, le « coupable » qui a déposé une petite graine qui est devenue la mauvaise herbe auteure de ce blog 🙂  Mais ça c’est une autre histoire, revenons à nos moutons.
A ma grand-mère donc, je suppose que vous aviez compris. Et donc de quoi je voulais parler? Ah oui, que c’était un héros. Parce que voyez-vous, une si grande maison, ben ça se fait réquisitionner par l’ennemi, en temps de guerre…. Et donc la pension de famille se trouve devenue pension à l’oeil pour officiers allemands. Et ça me fait toujours rire quand elle me raconte que pour avoir plus facile de repasser leurs uniformes, les couturières crachaient dessus. C’est ça être un héros? Non, être un héros, c’est accueillir un soldat anglais, et le cacher durant de longues semaines dans la pension réquisitionnée, au nez et à la barbe des boches. Ruser pour lui rendre visite, lui apporter les repas dans sa mansarde minable. Ou des revues, pour qu’il passe le temps. Et dont les photos de jolies filles, ou des paysages qui devaient lui rappeler sa campagne anglaise couvraient encore les murs fin des années 90, quand la maison a été vendue. Cette petite mansarde où moi j’aimais aller m’asseoir sur le vieux lit en fer et rêver au jeune militaire, si mignon à ce qu’il paraît. Cette mansarde où plus tard je traumatisais à vie mon frangin en l’y enfermant en compagnie des mannequins sans tête qui servaient de gabarits en couture, alignés en rangs d’oignon  😉
Voilà ma vision enfantine des récits de ma grand mère. La guerre comme dans « la vache et le prisonnier ». La guerre avec aussi, pourtant, un jeune officier allemand tout gentil, qui n’arrêtait pas de s’excuser pour l’embarras, et qui offrait à ma mémé des bibelots volés dans d’autres maisons qu’ils pillaient. Il m’a fallu longtemps avant de comprendre quels dangers elles -avec la troupe des couturières- ont courru à abriter cet anglais. A l’insu de tous, même de mon grand-père, luxembourgeois et bien trop proche des boches. Tellement que même maintenant j’ai encore honte de lui.
Héroïne qu’elle était. Héros, j’vous disais. Comme un mec. Pour gêrer ensuite seule et de main de maître les 2 commerces, l’atelier de couture, les 2 bébés -ma mère et sa soeur- (nées respectivement en 42 et 43 !), la pension de famille et toute la maisonnée, quand mon grand-père le collabo a dû fuir en Suisse durant plus d’un an.
Ce petit bout de femme, du haut de son mètre cinquante imposait tellement de respect et de douceur, que vous ne pourriez même pas l’immaginer.
Ensuite le mari et père prodigue revenu, elle suit son bout de chemin, à moitié heureux. Puis elle arrête l’atelier de couture et la pension de famille et accueille la mauvaise herbe née en 1963 -moi pour vous servir-. Et ça aussi ça tient de l’héroïsme moi je vous le dis 🙂
Sacré petit bout de femme, et comme je l’adore. Toute sa vie dans le commerce, si entourée et pourtant si seule. Veuve dès 1971, elle garde juste le salon de coiffure. Prends sa pension à 76 ans ! Vends la maison bien trop grande et trop vide. Trop pleine de souvenirs, surtout.
Et depuis lors, s’ennuie dans un studio minuscule.
Ca ressemble à un hommage nécrologique nomdidiou. Mais elle est toujours là, dieu m’en préserve ! Je ne veux pas la perdre, elle est mon seul repère. Paradoxe infernal. La garder, et pourtant avoir tellement dur d’aller la voir. Me ressourcer, oui. mais à quel prix. Ne plus avoir la force de lui sourire tendrement quand elle me redemande pour la 3 ème fois si je vais bien ou si Dominique, c’est bien mon gamin, alors que c’est mon frangin. Me dire que les journées sont longues hein, mais se reprendre de suite en disant qu’elle ne s’ennuie jamais, tellement elle a peur d’aller en maison de repos. Pourtant à 93 ans, il serait drôlement temps…
Je dois aller la voir demain, passer l’après midi auprès d’elle pendant que lhomamoi sera en répet. Elle habite à quelques km de chez lui est-ce que je vous l’ai déjà dit. Mais je n’en ai pas la force. Et de toute façon dans la soirée elle aurait déjà oublié que je suis passée. J’irai un autre week-end, promis. De toute façon elle aura d’autres visites. Un autre week-end, parce que voyez-vous, la nostalgie est aussi lourde que le vide….

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