Comme Peter Pan

26 janvier 2007 at 09:56 (Uncategorized)

1967. Une femme accouche. A cette époque pas d’échographie, on découvre le sexe du bébé à la naissance. « C’est un garçon madame ! Vous avez un meveilleux petit garçon » lui dit la bonne soeur-sage femme. « Un garçon ! Alors prenez-le. Je n’en veux pas. »  Elle refuse de le regarder, de le prendre lorsque l’on veut le déposer dans ses bras.

Quelle mère peut agir ainsi?

Ben la mienne, pardi. A ma naissance elle m’avait  aussi « casé », ne voulait pas de moi non plus. Pourtant je ne suis pas un garçon.

Je vivais donc chez mes grands parents, dans ce village là-bas dans les Ardennes, son village natal où elle venait de revenir le temps d’y mettre au monde son 2ème bébé.

On m’annonce donc que j’ai un petit frère ! Et lorsque l’on m’emmène à l’hopital, c’est d’abord dans une chambre commune où 3 autres mamans, radieuses, s’occupent de leur enfant. Et où elle est seule, sans berceau à côté de son lit. Ensuite une bonne soeur nous accompagne à la nurserie. Où le petit homme qui ne connait toujours pas sa maman est le chouchou des infirmières. J’avais 4 ans. Aléas de la mémoire, je me souviens des soeurs, j’étais impressionnée par leur voile, et leur longue robe. Et surtout je me souviens de ma grand mère, qui pleurait. A sa sortie de l’hopital, elle rentre à la maison, à 120 km de là. Sans son bébé. Et sans moi, logique. Ma grand-mère a maintenant 2 petits bouts à s’occuper. 1 mois plus tard, délai maximum pour l’inscrire à la commune, il n’a toujours pas de prénom… Finalement et bien malgré elle, c’est dans l’urgence que ma grand mère lui en choisi un. Urgence, car mon papa, disant à sa femme « Il faut quand même que tu lui trouves un prénom à ce petit », avait reçu pour toute réponse : « appelle-le comme tu veux je m’en fous » et il partait -en rage- à la maison communale en disant « Ok je vais l’appeler Jules!! » parce que ce prénom, elle le détestait. Il espérait encore la faire réagir. Mais rien. Et ma grand-mère arrive en disant qu’elle « aime tant Dominique« , comme prénom…

Soit, ce fut donc Dominique. Tout comme ça aurait pu être n’importe quoi !

Dominique, mon petit frère. Fratrie à jamais soudée. Plus tard, scolarité primaire oblige, j’habiterai chez mes parents. Plus tard encore, elle commencera à boire, à la mort de son père. J’ai 8 ans et je m’occupe de mon frère comme une petite maman. 4 ans plus tard, mon père abandonne, jette l’éponge. Et on se retrouve seuls avec elle. Frangin frangine, plus proches que jamais. Un jour, un jour de grand chagrin on fait un pacte, on se fait la promesse de ne jamais devenir adulte. Pour ne pas devenir comme ça.

Peter Pan et sa Clochette.

Et quarante ans plus tard cet amour, ce lien indéfectible est toujours là. Plus fort que jamais.

Bon anniversaire petit frère.

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